Les centres de données sont devenus le principal moteur de croissance de Schneider Electric. Avec 30 % de ses ventes désormais tirées par ce segment, le groupe de Rueil-Malmaison ne se contente plus de fabriquer des équipements électriques : il se positionne comme un maillon stratégique de l'infrastructure de l'intelligence artificielle, en France comme à l'international.
Un virage assumé jusque dans le discours du groupe
Chez Schneider Electric, on ne se cache plus derrière les mots. Le directeur général Olivier Blum revendique une entreprise « en train de se changer en entreprise de la tech ». Le chiffre le confirme : sur 40,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires réalisés en 2025, l'activité datacenters est celle qui progresse le plus vite, et 62 % du chiffre d'affaires du groupe repose désormais sur des solutions digitales. Un basculement qui n'a rien d'anecdotique pour un groupe historiquement associé aux équipements électriques industriels.
Softbank, un contrat qui scelle la crédibilité du groupe
La preuve la plus tangible de ce repositionnement est venue du Japon. Le groupe technologique Softbank a choisi Schneider Electric pour l'accompagner dans l'implantation de datacenters dédiés à l'intelligence artificielle sur le territoire français. Ce plan, doté de 75 millions d'euros et annoncé fin mai 2026 à l'occasion de Choose France, a placé Schneider Electric au centre d'un dispositif impliquant l'Élysée, Bercy, le port de Dunkerque et EDF. Le groupe y jouera un rôle d'intermédiaire entre les différents acteurs, tout en construisant sur l'infrastructure portuaire nordiste une usine de modules préfabriqués destinés aux datacenters.
Une stratégie d'acquisitions bâtie sur vingt ans
Cette confiance ne doit rien au hasard : elle est l'aboutissement d'une diversification engagée il y a deux décennies, principalement via des rachats aux États-Unis. Schneider Electric a mis la main sur le spécialiste des infrastructures informatiques APC en 2007, le logiciel EnergyCenter en 2011, puis l'expert du refroidissement liquide Motivair en 2024, pour 850 millions de dollars.
Europe, le groupe s'est renforcé avec l'acquisition de l'italien Uniflair en 2010 et de l'espagnol AST Modular en 2014. Une usine italienne spécialisée dans le refroidissement à air doit d'ailleurs élargir ses compétences au refroidissement liquide en s'appuyant sur le savoir-faire récupéré via Motivair, selon Hélène Macela-Gouin, vice-présidente de Schneider Electric France en charge des datacenters.
Mâcon, vitrine de l'ancrage industriel français
Le groupe tient à rappeler que la France reste pleinement associée à cette dynamique. Sur les vingt-cinq usines françaises de Schneider Electric, sept sont déjà dédiées à la production pour les centres de données. C'est notamment le cas de Mâcon, en Saône-et-Loire, où le groupe investit 100 millions d'euros dans la construction d'une nouvelle usine de 40 000 m². Le site produira des armoires électriques à partir de 2027 et créera 150 emplois supplémentaires, portant l'effectif local à 750 salariés.
Plus largement, sept usines françaises devraient bénéficier par ricochet des besoins générés par le futur site de préfabrication de Dunkerque, dont la date de démarrage n'a pas encore été communiquée.
L'intelligence artificielle, prochaine étape de la mue
Après avoir sécurisé sa place dans l'écosystème des datacenters, Schneider Electric ne veut pas rater le virage de l'intelligence artificielle. Le groupe a annoncé le rachat à venir de Cognite, un éditeur norvégien de logiciels industriels bien positionné sur l'IA, pour 3,1 milliards de dollars.
Une opération qui confirme que la transformation du groupe ne s'arrête pas à la brique matérielle des centres de données, mais vise à capter toute la chaîne de valeur logicielle qui accompagne leur essor.